Web : Où est passée l’avance du Québec sur la France?
Published December 5th, 2007
Au dernier Yulbiz, j’ai eu une discussion intéressante à propos du Québec et de la France. En effet, on se rappelait les bons vieux jours du Québec qui avait une avance d’un an, sinon deux sur la France en technologies Internet.
Le Québec était en quelque sorte un pont entre l’Europe et les Etats-Unis. Ça, c’était en 1998-2000. De la même manière que les USA ont un bon 3 ans d’avance sur le reste du monde dans ce domaine.
Étant donné que j’étais actif dans ce domaine à l’époque, je me rappelle plusieurs discussions avec des Français où je me sentais un gourou du web. Il n’y avait aucun doute que les québécois avaient découvert le web avant les Français. Peut-être que c’était à cause des infrastructures? Si je ne me trompe pas, un truc comme le minitel compliquait grandement l’accès au web en 1998-2000, non?
L’avance des Québécois dans le domaine explique sûrement pourquoi les Français ont regardé dans notre cour quand a été le temps des acquisitions en 2000. Mes deux sites, WebD et 4adate.net étaient des succès en France à l’époque. Il n’y avait tout simplement aucune compétition de ce côté.
Mais aujourd’hui? Si les USA n’ont rien perdu de leur avance, sinon de l’avoir augmentée, quant est-il du Québec? Si on pouvait se permettre de lancer n’importe quel site francophone à l’époque et qu’il devienne majeur à cause du trafic européen (les français sont 10x plus nombreux que les québécois), aujourd’hui, c’est aussi difficile de percer le marché en France qu’aux USA.
Alors est-ce les Québécois qui ont pris trop de temps à se remettre du crash de 2000 ou les Français qui se sont pris en main? L’Europe fait son chemin avec des startups intéressantes. Et le Québec? Est-ce possible que le Québec devienne un jour un leader dans ce domaine? Disons, chauffer les fesses à la Silicon Valley? Ou bien on se contentera de regarder le train passer en consommant les innovations d’un bord américaines et de l’autre bord européennes?
Qu’en pensez-vous?


laurents91 - 5 Dec 2007 #
tu illustres ici une de nos rares qualités à nous les froggies
cette capacité à regarder les trains passer comme des vaches à ne rien foutre (ça c’est un défaut , héhéhéh) et d’un seul coup se réveiller et donner un grand coup de collier pour rattraper notre retard
ça a eu lieu dans beaucoup de domaines (aviation, armement, train, révolution industrielle bien auparavant)
en fait sur ce coup là comme tu l’as dit l’existence du minitel a bien failli nous faire rater un truc important
Et il est amusant de voir que l’histoire n’est qu’un éternel recommencement….
je dirai qu’on est en train de faire la même chose avec les énergies alternatives…. ça fait 10 ans qu’on regarde (comme des vaches) les autres européens sur les domaines comme l’éolien ou le solaire et d’un coup on commence à se réveiller…. mais comme d’habitude on s’invente des excuses… là c’est pas le minitel mais notre très fort développement dans le nucléaire qui semble justifier à nos yeux notre départ tardif…
en fait nous les français on dirait qu’on est incapables de faire trop de choses en même temps…. heureusement quand on les fait c’est pas trop (en général, ne généralisons pas), l’honneur est sauf
Cedric - 5 Dec 2007 #
De part mon expérience, l’utilisation du Web est également différente au Québec pour l’achat en ligne. Ainsi mon site de vente de produits gastronomiques vit tranquillement mais sans plus. La concurrence n’est pas énorme donc je pense que la demande globale d’achat alimentaire au Québec reste marginale, ce qui n’est pas le cas en France ou les sites de produits régionaux ne cessent d’augmenter.
Il y a peut être aussi la culture alimentaire qui n’est pas la même mais je pense que c’est globalement le commerce en ligne au Québec qui est limité.
Regardons par exemple l’offre sur des sites comme Brault et Martineau, Corbeil, etc… ou des sites de ventes privées. A part de très gros joueurs il n’y a pas de réelle concurrence ou de pureplayer.
Steph - 5 Dec 2007 #
En effet, tu as un point là . Le marché est trop petit? C’est notre culture ou notre façon de magasiner (physique plutôt qu’en ligne)?
laurents91 - 5 Dec 2007 #
@ cedric
en ce qui concerne l’alimentaire j’aurai tendance à croire que c’est surtout le marché français qui est bien particulier, bourré d’incohérences (mac do cartonne ici, mais nous tenons à notre identité alimentaire malgré tout…. et nous sommes les rois de la nostalgie culinaire quand il s’agit des mets de nos régions… )
Steph - 5 Dec 2007 #
@laurent Si les français se trouvent lents à réagir, qu’est-ce c’est pour les québécois! Ça doit être génétique et on tient ça de vous
laurents91 - 5 Dec 2007 #
hahaha
peut être
ben vu de l’extérieur j’ai vraiment l’impression que le québec est beaucoup plus réactif et proactif que nous de manière générale
comme quoi ça rejoint notre dicton “l’herbe du voisin est toujours la plus verte…”, dicton auquel je rajoute toujours la suite “… jusqu’à ce qu’on s’aperçoive que c’est du gazon artificiel” :D;)
Steph - 5 Dec 2007 #
Ouais, peut-être que je me fais des idées et que j’ai la face collé sur l’arbe alors je ne vois pas la forêt. Une chose est sûre, on est loin de la Silicon Valley au Québec!
Stephane Gauvin - 5 Dec 2007 #
intéressant comme observation.
1) je serais curieux de voir ces écarts mesurés sur quelques dimensions dans le temps(pénétration du côté des utilisateurs / nombre de serveurs, etc.)
2) la principale différence historique était le nombre de serveur par mille habitants. En 2001, 273 aux USA vs 27 en France! (vs 180 au Canada) Différence importante à l’époque où il fallait avoir un serveur pour avoir une voix dans l’Internet. (avant les blogs et la prolifération de services permettant d’éhberger du contenu original. Dans ma version (j’enseigne eBusiness en France aussi) je parle de la structure traditionnelle en France, *nettement* plus hiérarchisée qu’ici (ce qui faisait dire à un sociologue français réputé qu’il n’y avait pas de différence entre l’Internet et le Minitel — il ne percevait pas l’énorme différence sociale qui a précédé à ce qu’on appelle le web 2.0
3) mais depuis qqs années, au Québec, on dort. Les coûts de connectivité ont implosé en France, où on trouve des forfaits “triple-play” (TV, téléphone et Internet) à qqchose comme 29 euros par mois, sans limites d’accès. Les bandes passantes ont explosé. On trouve facilement des accès à 15+Mbps depuis plusieurs années. Ici on est resté coincés. Je n’en reviens toujours pas qu’au delà de 20GB, Vidéotron facture 8$ du GB. Effet très perceptible qui a permis à des projets “made in France” de décoller. Mis à part d’excellentes offres du style SNCF, le secteur privé a quelques succès importants (ex: netvibes / dailymotion / cdiscount).
4) bref, notre avance technologique a disparu. Le centre de gravité du www francophone est en France, une région du monde qui s’est réveillée.
5) ceci dit, l’apparition d’une demande francophone représente une opportunité importante pour les entrepreneurs québécois qui veulent cibler ce marché. ex: les têtes à claques (vraiment désolé d’illuster avec cet exemple :).
Steph - 5 Dec 2007 #
@Stéphane Très intéressant ton commentaire. Je n’avais pas pensé regardé ça du nombre de serveurs par habitants. Puis pour les coûts ici, c’est honteux. Autant pour le mobile que pour Internet. Dire qu’avant, je plaignais les français avec leur minitel!
Que faire pour inverser la tendance? Je pense qu’entrer en France est autant, sinon plus dur, qu’aux USA pour un québécois.
Jonathan Parent - 5 Dec 2007 #
Excellente réflexion Steph.
Je dirais que c’est essentiellement lié au fait que les Français ont toujours été à l’avant-garde au niveau mobilité et que aujourd’hui, la mobile devient un joueur majeur dans les perspectives d’avenir du Web.
À la différence des Français, nous avons été très fort et très à l’avant-garde sur le Web de la première génération. Eux, ils ont connus leur croissance avec l’arrivé du Web 2 et en profite pleinement encore en ce moment. Nous, nous avons atteint un certain seuil ou nous avons stagnés.
Néanmoins, je sens actuellement que nous sommes en pleine relance, que les gens qui avaient des sites de la première ère commencent à développer pour refondre, adapter. Le fameux crash en a laissé plusieurs hésitant, certain y ont laissés leur chemise, ce qui a eu comme effet de retarder cette relance.
laurents91 - 5 Dec 2007 #
pourtant les têtes à claque sont un exemple d’un truc québécois qui marche très fort en France
ce sont même devenues les mascottes d’une campagne de pub d’un opérateur de téléphonie mobile (sfr) pour une offre ciblée “jeunes”
bon, ok, bien avant ya eu Céline Dion et autres Garou…. mais on sort du champ de l’ananlyse, désolé
mais quelque part cela veut dire que le québec aura toujours une certaine aura culturelle par chez nous et que cet esprit québécois saura toujours infiltrer (parfois même en masse) notre marché et notre culture
en fait c’est intéressant… et si le québec n’était pas si en retard que ça et pouvait profiter de par son expérience plus ancienne du marché francophone en général. En terme d’audience france + québec + une partie de la belgique + une partie de la suisse + luxembourg + une afrique francophone (sur le long terme)
pourquoi le marché intérieur québécois serait le seul moteur de croissance de votre web ???
en plus vous les québécois avez aussi la grande qualité de tous parler anglais et d’être plus proche culturellement et géographiquement que nous des USA….
faut pas tout voir en noir
laurents91 - 5 Dec 2007 #
sinon pour le mobile je ne connais pas vos tarifs mais en France ils sont je pense tout aussi scandaleux…. ce qui n’empêche pas tous les français d’en avoir un (à part quelques gaulois qui résistent encore et toujours…)
Stephane Gauvin - 5 Dec 2007 #
mobilité est + chère ici. (http://www.thomaspurves.com/2007/04/09/canada-worse-than-3rd-world-countries-when-it-comes-to-mobile-data-access/)
C’est INVRAISEMBLABLE et passe inaperçu. Les coûts du www mobile sont tellement élevés qu’il n’existe pas ici et que je ne vois pas comment il pourrait se développer.
Les conséquences sont évidentes. Nos étudiants (20 ans) ne s’intéressent pas à la téléphonie mobile. Pour eux, c’est un téléphone sans fil qu”on met dans la poche. le iPhone ne déclenche rien (je lisais hier que iPhone dépasse l’ENSEMBLE des plateformes mobiles windows an terme d’accès www - je lisais hier que 50% des best sellers japonais ont été ECRITS sur des mobiles. Non seulement impensable ici, mais même pas concevable.
Le diagnostic est que le Québec (la Canada) va rater la troisième génération de connectivité. Ici, c’est problèmatique parce qu’on a même pas la prolifération de hotspots que l’on trouve aux USA (remplacée par le 3G en Europe). Ce qui nous laisse dans le désert.
Lueur d’espoir. On annonçait il y a deux jours que le marché allait s’ouvrir. Mais faudra compter encore plusieurs années et les nouveaux joueurs ne seront pas aussi agressifs que les opérateurs européens et asiatiques.
Steph - 5 Dec 2007 #
Merde. Moi qui dit depuis longtemps que le m-commerce est l’avenir. Pas de danger que je sois un pionnier dans le domaine avec mon cellulaire qui me coûte les yeux de la tête et qui n’a pas de piton pour le volume…!
Stephane Gauvin - 5 Dec 2007 #
tu as (très probablement) raison. mais l’avenir va arriver plus tôt ailleurs qu’au Québec. Pas évident qu’il faille trop s’alarmer — les choses devraient s’ajuster. Tout comme la France a comblé son retard.
Ce qui me préoccupe un peu plus est l’attitude des utilisateurs/entrepreneurs. Pas impossible que le retard se comble pour l’utilisateur mais que les entrepreneurs soient (tous) d’ailleurs. tout comme ce sont des étudiants de Stanford qui ont développé des applications dans un cours de marketing-Facebook, un cours inimaginable ailleurs que dans le voisinage de Silicon Valley.
Olivier - 5 Dec 2007 #
Une chose qui se développe fort en France est le Wifi public.
Dans ma ville (Grenoble), le nombre de hotspots gratuits (public + fon) augmente de façon très importante.
La ville entière sera couverte d’ici qq mois d’après la municipalité.
Au Québec, avez vous pensé à utiliser les cornes des caribous comme émetteur wifi?
Cela pourrait faire un malheur!
stephane gauvin - 5 Dec 2007 #
rien de majeur en vue à ma connaissance. les opérateurs privés diraient que c’est de la concurrence déloyale. l’état (les collectivités locales) jouent un rôle beaucoup plus restreint dans ce domaine ici.
mais oui. un réseau public wifi pourrait constituer la bougie d’allumage qu’il nous faut pour activer le www mobile
Jonathan Parent - 5 Dec 2007 #
À Québec, il y a Zap Québec : http://www.zapquebec.org/
C’est tout de même intéressant.
Vincent - 5 Dec 2007 #
Pour avoir passé 8 mois en France cette année (et 4 l’année dernière), j’ai vraiment eu l’impression que la France avait littéralement explosé en matière de startups internet et à mon avis surtout depuis la percée de Netvibes en 2006.
Il y a vraiment un bassin de gens qui s’activent et qui créent à tout va, des soirées de lancement ou rencontres blogueurs, les annonceurs qui investissent la blogosphère, le Web3 de Le Meur,….
Au Québec il y a certainement aussi cette volonté mais elle apparait moins importante, et c’est sans doute dû au ratio 1 québécois pour 10 francais c’est clair..
William El Haili - 5 Dec 2007 #
Je ne suis pas d’accord totalement avec toi Stephane
Selon moi les francais et les américain ont toujours eu une avance sur nous coté web et même que pour certain c’est leur inspiration quotidienne.
J’e crois a un avantage que nous avons est qu’on parle 2 langues et qu’on peux aussi bien aller fouiner au usa qu’en france et s’inspirer grandement et arriver avec un produit a1.
c’est sure qu’étant minoritaire face à eux,donc moin de projet Québecois vs projet francais mais je serais surpris d’avoir le % de la population francaise utilisant Internet versus le Québec et aussi le % de ceux qui travaillent dans le web
En france c’est souvent les independent qui réussisent versus au Québec c’est majoritairement les grosses boites.
Au Québec on a encore peur de payer online versus la france ou ca fait partit des moyens préférés.