C’est quoi ton avantage injuste?

The Honest Company, une shop de produits de consommation fait 250M$ de revenus et est évalué à 1 milliard. Pour une boîte fondée en 2008 qui évolue dans un marché aussi compétitif, dominé par des géants, c’est pas pire hein?

Plus près de nous au Québec, Poka, un genre de réseau social pour usines, a levé 17M$ en financement et a le vent dans les voiles. Encore là, ils sont dans un domaine vraiment pas évident. Et pourtant.

Ou encore, Chocolat Favoris dont la croissance explose et qui ont fait fermer tous les comptoirs à crème glacé dans le coin.

Comment font-ils?

Et bien, ils font chier car ils ont un avantage compétitif vraiment injuste.

The Honest Company a été fondée par l’actrice Jessica Alba. Essaie de copier sa notoriété pour voir.

Poka a été fondée par un fils de la famille Leclerc. Tsé les biscuits Leclerc avec des usines partout? Ben c’est ça. Essaie de te trouver un père, riche patron qui te donnera accès à ses usines pour voir.

Chocolat Favoris, micro shop artisanale, a été rachetée par Dominique Brown, un entrepreneur hors norme aux ambitions débiles. Essaie de te trouver un associé de même pour voir!

Évidemment, je n’ai rien contre ça. Tant mieux pour eux!

Même si je n’ai pas ce genre d’avantage, il y a moyen de moyenner. Disons que j’essaie de toujours penser à mon avantage vraiment déplaisant pour la compétition.

Ou comment je peux faire quelque chose 10x mieux que la compétition. Pas 2x. 10x.

Sinon? Et bien sinon tu es facile à copier ou à écraser. On peut te remplacer par n’importe quelle alternative sans trop y penser. C’est un risque pour les investisseurs ou les clients qui vont hésiter à embarquer avec toi.

Pour une petite boîte locale, surtout dans le service, c’est pas si important. La moyenne des ours ne se tapera pas 3h d’auto pour te voir même si tu es le meilleur coiffeur de la planète.

Mais pour une boîte techno ou de commerce au détail qui est sans frontière, qui a des compétiteurs partout où on retrouve Internet, c’est une autre histoire. La géographie et les contraintes physiques ne protègent plus du tout.

DashThis a des compétiteurs de qualité en Croatie, Irlande, Japon, Singapour, Australie et bien ailleurs. Capoté hein!

Alors comment fait-on pour trouver un avantage injuste?

De mon côté, ça part mal:

  • Mon père n’est ni riche et ni connecté avec des gros bonnets
  • Je ne suis pas un génie
  • Je ne suis pas connu

Mais, d’un autre côté:

  • J’ai un putain de bon flair pour voir où le marché s’en va
  • Il y a une tonne de problèmes à régler en tout temps, faut juste fermer sa gueule, écouter et observer, ce dans quoi je suis très bon.
  • J’ai une excellente capacité à voir les opportunités et imaginer des solutions

Mon site de rencontres et ma plateforme d’outils pour webmasters en 1998, mon système de chat pour le service à la clientèle en 2003, mon outil de web analytique en 2005, mon agence Web pure play en 2007 (versus une boite de comm traditionnelle qui veut faire du Web), DashThis, un produit SaaS en 2011… Tous des trucs arrivés au bon moment.

Le bon moment. C’est mon gros avantage compétitif. L’art de faire sa propre chance quoi!

Quand on arrive au bon moment on profite de plusieurs avantages:

  • On s’adresse aux early adopters, ceux qui sont plus indulgents face aux erreurs, ceux qui donnent du bon feedback, ceux qui sont les premiers à valider le marché, le problème et la solution.
  • On profite de l’avantage du first mover, i.e. que c’est plus facile être premier dans une course à 2-3 coureurs que s’il y en a déjà 859 en avant.
  • Ça attire plus facilement l’attention d’investisseurs, d’acquéreurs, de clients. L’offre est limitée, c’est facile de se démarquer.
  • On gagnera beaucoup d’expérience et de notoriété qui seront un gros atout quand le marché sera plus mature et plus encombré.
  • Ça permet de récolter les fruits les plus bas dans l’arbre (low hanging fruits) avant que quelqu’un d’autre ne le fasse.
  • On a facilement une longueur d’avance sur les grosses shop qui bougent lentement

Avec le temps par contre, l’avantage du bon moment est moins important, malheureusement.

Ça prend autre chose pour continuer de dominer:

  • Être la meilleure solution, celle difficilement copiable, difficilement remplaçable (Brevets? Équipe bondée de PhDs?)
  • Être la solution la plus utilisée, celle qui est synonyme de solution à un problème (tsé quand ton nom devient un verbe!).
  • Avoir un réseau de distribution incomparable difficile à mettre en place (le réseau de vendeurs de Pages Jaunes?).
  • Avoir le compte de banque assez garni pour acheter la compétition.
  • Avoir une machine marketing hors du commun (Comme SalesForce ou Hubspot par exemple)
  • T’associer à Jessica Alba, la famille Leclerc ou te faire racheter par Dominique Brown.

Autrement, c’est l’inévitable déclin (ben oui, comme dans tout, le vieux est éventuellement remplacé par le neuf).

D’ailleurs, je lisais un truc dernièrement, super intéressant. Ça se résume comme ça: Les choses vont bien? C’est le temps de foutre le bordel dans la compagnie!

Pas de saboter le bateau pour le plaisir, mais plutôt de réinventer la compagnie pour qu’elle survive encore plusieurs années.

Et ça, ce n’est pas évident. Le gestionnaire est là pour optimiser, établir des processus et structurer. L’innovateur lui, est là pour casser les moules, pour démolir les structures et envoyer les processus au recyclage.

Chien et chat dans une boîte en carton.

Alors donc, avantage injuste. Si tu en as un, tant mieux. Si tu n’en a pas, ça serait la première chose sur laquelle je travaillerais.

Et s’il te plait, sois créatif. Avoir du pepperoni bio dans ta pizza n’est pas vraiment injuste.

Avoir un brevet ou une licence exclusive sur un pepperoni fait à base de plante qui goûte le vrai de vrai, qui est meilleur pour la santé, qui ne pollue pas et qui coûte la moitié moins cher, oui.

Ton service est meilleur? Bah, c’est relatif et très subjectif. Et même si ça l’est, ça ne le sera pas longtemps si la compétition décide de s’y mettre car c’est copiable.

Ta techno est meilleure? Dis moi pas ça. 5 gamins très motivés dans un sous-sol vont mieux faire qu’une grosse boîte qui est lente et qui coûte une fortune. Ou sinon, veux-tu vraiment jouer la game techno contre Google ou Facebook?

Ton SEO / PPC est meilleur? Ça revient à une question de gros sous ce jeu là. Perso, jouer à qui dépense le plus me gosse. Il y aura toujours un compétiteur aux poches plus profondes.

Tu livres ton produit la journée même? Si tu peux le faire, Amazon peut le faire aussi.

Tu as un blogue unique, avec des histoires incomparables, super intéressantes qui nourrissent une audience fanatique toujours plus affamée et qui en veut plus? Ha ben oui, là tu as un avantage injuste. Bravo!

Mais bon, faut pas capoter non plus. Ne pas avoir d’avantage injuste ne t’empêchera pas de “réussir”. La majorité des micro entreprises, petites entreprises et beaucoup de PME n’en ont pas vraiment, ou rien de bien significatif.

Les pizzerias sont toutes pareilles. Les agences Web sont toutes pareilles. Les compagnies de construction sont toutes pareilles. Ils ne deviendront probablement pas riches, mais s’ils ont du fun et qu’ils sont heureux, c’est l’important.

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  • Bernard Prince

    Le bon moment est vraiment important. J’ai lancé une entreprise de géomatique (cartographie avec système GPS) pour le domaine agricole en 1998. À l’époque je me faisais prédire le cancer à me balader avec un capteur d’ondes satellites… J’ai du fermer en 2005, car c’était toujours déficitaire. L’explosion de la demande est arrivée dans le domaine en 2006-2007 et n’a cessé de croître depuis. Parfois, être trop en avance et aussi grave qu’être en retard.

  • http://dashthis.com/ Stéphane Guérin

    Ouch. Avoir un projet qui ne marche pas c’est une chose. Mais le bad timing, je pense que c’est pire 🙁