Et ta vision, ça va? Ou plutôt, ton équipe sait-elle où tu t’en vas?

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Je mets des lunettes pour travailler depuis quelques années, mais je n’ai jamais vraiment eu de problème de vision, businessement parlant. Généralement, ma vision, savoir où je m’en vais, est assez claire.

Comme pour conduire une auto ou piloter un avion, c’est essentiel une vision claire. On peut ensuite déterminer le chemin pour réaliser ladite vision. Sinon tu es comme grand papa qui ne fait pas la distinction entre un stop et l’entrée d’autoroute pour se rendre là où il ne veut pas aller.

Pour une première fois, je dirige un bateau sans le conduire. En effet, je ne fais plus de technos ni même de support. Mon équipe s’en occupe.

Mon équipe conduit le bateau et va où je leur dis d’aller.

Leur dit où aller? Oups. Ce n’est pas si simple.

Quand ta femme conduit l’auto et que tu lui dis d’aller à Montréal, elle va s’organiser pour se rendre. Mais si tu lui dis « Chérie, j’aimerais aller quelque part, là où il fait bon de vivre préférablement », c’est moins clair.

C’est un peu ce que je constate : J’ai une vision, mais je ne la communique pas bien. Certains sont bien au courant, d’autres pensent que oui, d’autres ne sauraient pas quoi répondre si je leur posais la question.

Rajoute à ça le travail à distance où il n’y a pas toutes les discussions informelles, par exemple en dînant ensemble ou à côté de la machine à café, et ça donne un problème organisationnel qui coûte une tonne de fric en temps perdu et travail repris.

Alors tu fais quoi Steph?

Et bien je ressorts mes vieux livres d’écoles et je vais écrire un énoncé de vision et de mission.

Je n’ai jamais fait ça.

Ma vision et notre raison d’exister ont toujours été communiqués, peut-être pas de façon formelle, mais à tout le moins en me côtoyant chaque jour.

Puis ç’a l’air fafa d’écrire un énoncé de vision, mais ça ne l’est pas du tout.

De un, résumer ce qui se passe dans ma tête en une phrase ou deux est un défi en soi.

De deux, en relisant, ça change à chaque fois car ce n’est pas « exactement » ça. Les mots sont limités et ont de l’importance. Faut choisir minutieusement.

De trois, en fouillant on voit plein de messages insipides. On veut que ça soit inspirant, mais sans tomber dans les trucs clichés. Par exemple « Être le leader mondial de la proactivité en rendant nos clients 100% satisfaits efficacement et globalement ». Duh.

Résultat, j’ai déjà passé une vingtaine d’heures là-dessus et ça change encore. Ça se précise, mais je ne suis pas certain que c’est mûr pour être présenté à l’équipe.

Il faut également différencier SA vision personnelle de la vision de l’entreprise.

Moi, je sais où je m’en vais depuis 20 ans : je construits mon mode de vie, ma liberté pour faire ce que je veux quand je veux où je veux avec qui je veux.

Mais d’un point de vue clients et employés, disons que ça sonnerait un peu moins bien :

« La vision de DashThis est de fournir à son fondateur une retraite dorée avant ses 40 ans. » … Heuuu…

Rajoute dans la soupe les associés. Mon ancien associé me reprochait mon manque de vision. Ce qu’il voulait dire par là, c’est qu’on n’avait pas la même vision car j’ai toujours eu une vision. Mais je ne voulais pas construire de quoi d’aussi gros que ce qu’il avait en tête.

Boom.

Si les associés ne s’entendent pas sur la vision à la base, comment voulez-vous que les employés et les clients comprennent où on veut aller?

Alors me voilà à feuilleter mes vieux manuels du MBA, regarder des exemples sur Google et mettre beaucoup de temps à pondre quelques mots qui ont pour objectifs de mettre l’orchestre au diapason.

Quelques tous petits mots, à priori insignifiants, qui feront que tout le monde va ramer en même temps dans la même direction.

Autrement dit, choisi mal tes mots et ça peut te coûter des centaines de millier de dollars ou pire, faire exploser ton entreprise.

Vu de même… ce n’est pas rien!

Bref, on aura bientôt une vision, une mission et même les valeurs de l’entreprise. La bonne nouvelle c’est qu’on peut classer ça dans les beaux problèmes car ça signifie que l’entreprise grandit, devient mature et dépasse maintenant ma seule petite personne.

P.s: Tu peux essayer ce générateur d’énoncés de mission bullshitteux. Très intéressant!

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  • http://christianroy.tumblr.com christianroy

    Suis déjà passé par l’exercice des énoncés de mission/vision à quelques reprises. Des fois ça donne de bons résultats et on peut faire un bout avec, des fois ça fait un document partagé sur ton Google Drive qui ramasse la poussière.

    Ce que je retiens de ça, c’est que c’est autant la démarche que le résultat qui est utile… en tout cas quand c’est fait en groupe, avec quelques personnes. La discussion qui est forcément engendrée par un désaccord sur un choix de mot spécifique est en général super instructive sur le fond de la vision de chacun.

    Aujourd’hui, mon “deux cennes” c’est que les énoncés de mission / visions sont utiles, mais deviennent tellement plus puissants quand ils sont accompagnés par autre chose:

    – les valeurs de l’entreprise, que tu mentionnes, c’est essentiel

    – j’ai déjà fait une liste de “do’s and dont’s” qui allait avec la mission. Genre “si tu comprends bien notre mission, ça veut dire que tu peux faire ça, ça et ça, mais que tu ne feras pas ceci, ceci et ceci” (l’exemple négatif étant parfois tout aussi important que l’exemple positif)

    – ça revient un peu à une forme de “formation” sur tes attentes. C’est flou dit comme ça, mais ça devient super clair si tu lis l’explication ici: bhorowitz.com/why_startup...should_train_their_people (des conseils de Andy Grove repris par Ben Horowitz, quand même…) Ça s’éloigne peut-être un peu de la mission, mais pas tant que ça… ça dit comment l’exécuter..

    – finalement, le document de communication d’une vision le plus puissant que j’ai expérimenté était un article de presse fictif. Après pas mal de temps passé à discuter de où on voulait aller il y ~5-6 ans avec mes partenaires chez De Marque, Clément a rédigé un texte présenté comme un article de Les Affaires, daté de 2015 (on était en 2009 ou 2010). Comme un topo de journaliste qui disait ce qu’on faisait, nos lignes de produits, un petit historique des réalisations des dernières années (qui étaient en fait les prochaines années au moment de rédiger). En déconnant évidemment un peu, pour rendre ça le fun et éviter que par un ton trop sérieux, ça ait l’air utopique. Tout le monde qui lisait ça comprenait très bien là où on voulait aller.

    (et pour la petite histoire, sur le dernier item, on l’a relu récemment, et ça nous a jeté sur le derrière de voir à quel point beaucoup de choses s’étaient réalisées… avec certains détails tellement proches de la réalité que ça en est presque difficile à croire!)

    Bonne rédaction!

  • http://www.stephguerin.com Stéphane Guérin

    Intéressant le topo journalistique. C’est mon genre d’écrire ça. Je garde ça en tête!