Web 2.0 ou Buzz 2.0?

Je regardais avec un oeil amusé un billet d’AccessOWeb sur les logos des sites faisant parti du famueux web 2.0. Je réfléchissais à leur modèle d’affaires et pour la plupart, sinon la totalité, ils sont basés sur le modèle publicitaire. Donc plus il y a de trafic, plus il y a de revenus.

À propos, ça prend beaucoup de trafic pour faire de l’argent. Énormément très beaucoup de trafic. Un simple calcul rapide peut en décourager plusieurs. Disons 1000 affichages de pub par jour à un taux réaliste (je ne peux dévoiler mon taux exact selon le contrat de Google), disons 0.2% (2 clic par 1000 affichage), multiplié par un coût du clic tout aussi réaliste de 0.20$ : Ceci nous donne un joli magot de 12$ mensuellement! Pas de quoi faire vivre sa famille n’est-ce pas?

Faisons l’exercice avec 1M d’affichages par mois avec les mêmes variables. Le résultat est maintenant de 400$ par mois! Excitant n’est-ce pas? 10M d’affichages? 4000$ par mois! Alors là, on commence à jaser, mais ce n’est tout de même pas suffisant pour rentabiliser une entreprise avec 4 employés à temps plein. Mais où donc ces entreprises prennent-elles leur argent pour payer tout leur beau monde? Le financement privé bien sûr!

Tout ceux ayant essayé de lancer un site web à partir de rien seront d’accord avec moi qu’il est difficile d’attirer du trafic. Faire 1M d’affichage de publicité mensuellement est un défi énorme. Heureusement, le premier million est le plus dur. Ensuite, l’augmentation est exponentielle, alors le cap du 10M est plus facile, relativement, à atteindre que le premier million. D’ailleurs, avec mon ancien site WebD, ça m’a pris 2 ans atteindre 1M de pages vues par mois et 1 an de plus pour me rendre à 10M! C’était en 1999 malheureusement. Les choses sont plus difficiles aujourd’hui!

Mais bon, pour en revenir au financement, les Etats-Unis sont le paradis du financement privé. Quiconque présentant une moindrement bonne idée et ayant quelques bons contacts peut lever aisément des centaines de milliers de dollars. De quoi enlever de la pression et ne pas s’en faire si l’on a « seulement » 10 M de pubs affichées par mois. Digg a levé 2M en financement. ShoutWire a 4 employés payés 75 000$ par année. Je ne m’inquiète pas pour Digg cependant avec leur 800 000 visiteurs uniques par jour. Selon ma règle mentionnée précédemment, ils génèrent un beau magot! Ce n’est pas le cas pour tous.

Tout ça pour dire que je me demande si nous ne sommes pas en train de créer un énorme buzz comme en 1999. Ces modèles sont basés sur un seul principe : Le rachat par un plus gros. À part quelques rares comme Digg ou FaceBook, les autres n’ont pas vraiment de stratégie de croissance à long terme. Le but est de faire parler d’eux, créer un buzz et se faire racheter en moins de 2 ans. Quelle entreprise conventionnelle a un plan d’affaires semblable? J’imagine la tête du banquier quand vous leur direz que vous voulez ouvrir un bistro et que vous croyez le revendre à un prix équivalent 200 fois les revenus en moins de 2 ans…

On ne se le cachera pas : La majorité des jeunes entrepreneurs du web ont ce modèle d’affaires. Même moi avec Nuouz, j’aimerais bien créer un buzz et qu’un richissime grand père ne sachant plus où mettre son argent décide d’investir dans mon site web! Heureusement, j’essaie de voir clair et de surtout me rappeller ce que j’ai vécu en 2000.

C’était l’année où j’ai vendu mes 2 sites web, WebD et 4adate.net, à un prix frôlant 1000 fois les revenus. Je trouvais ça incroyable que quelqu’un veuille payer autant pour si peu. Oui, mes sites étaient populaires et très fréquentés. Mais ils rapportaient quoi? Pas grand-chose! De quoi arrondir les fins de mois et me payer quelques bons restos. Est-ce que je me plains? Évidement que non! J’ai sauté sur l’occasion et à eux le trouble de rentabiliser leur investissement. Je n’ai pas forcé personne à offrir autant. Ils sont venus d’eux-mêmes.

Alors me voilà avec de l’argent plein les poches et une job où je gagne 3 fois le salaire que je faisais 2 mois auparavant. Pratiquement autant que mon père qui a 35 ans d’expérience alors que j’avais 23 ans à l’époque. Tout baigne, le marché de la pub roule à plein régime… du moins jusqu’à ce que les startups n’aient pas flambé tout leur financement! Et bien, ce qui devait arriver, arriva.

Les startups ayant flambé tout leur budget en pub et en trucs inutiles, ils se sont rendus compte que personne ne généraient de revenus. Donc ils coupent dans la publicité. En coupant dans la pub, les revenus de mes employeurs ont chutés de 1000%. Comment payons-nous les employés maintenant? Leur solution? Convertir un site gratuit en site payant en moins de 2 mois!

Résultat? Un flop bien sûr! Si l’on peut habituellement se fier sur la règle de 1% pour prévoir des revenus, c’est-à-dire que 1% de nos membres voudront payer, cette fois, c’était 20 fois, même 50 fois moins. Donc nous devions financer notre masse salariale proche du quart de million de dollars annuellement avec des revenus de moins de 1000$ par mois!

Et moi? Je me doutais bien que ce n’était pas logique comme histoire. Dépenser autant pour des revenus potentiels. Erreur! Mais bon, ce n’était pas mon argent et ils avaient l’air convaincus. Je serais fou de les convaincre du contraire. Après tout, j’en profitais largement.

Je crois donc que le buzz 2.0 a de grosses similitudes avec le buzz 1.0. Il y a des jeunes qui s’en metteront plein les poches avec des idées brillantes et il y a des investisseurs qui en perdront parce qu’ils n’auront pas bien évalués le modèle d’affaires de l’entreprise qu’ils achètent.

J’en conviens, faire un site payant n’est pas populaire. Et je crois aussi qu’on a besoin de sites avec du contenu gratuit. Par contre, je crois aussi que se fier simplement au modèle publicitaire est une erreur. À moins bien sûr de le faire pour être racheté.

Pour ceux voulant créer une réelle entreprise et non un buzz, je suggère de revoir le modèle d’affaires. Un site gratuit avec beaucoup de trafic est un véritable atout. Imaginez que votre site gratuit a 80 000 membres et 5 M de pages affichées par mois. Si vous voulez lancer un autre projet, payant celui-là, vous disposez d’un marché de base ciblé et accessible gratuitement! Je crois en ce modèle. J’ai des projets comme Nuouz qui ne seront probablement jamais payants. Nuouz est gratuit et le restera. De toute manière, je ne pense qu’il existe une manière de faire payer pour un tel site. Par contre, s’il a un minimum de succès, ça sera un formidable levier pour mes projets futurs. Payants ceux là. Un exemple d’entreprise qui a réussi avec ce modèle? Xiti après avoir lancé le site gratuit Hit-Parade. Xiti est maintenant solide, réputée et génère d’importants revenus.

Finalement, pourquoi je parle de sites payants? Parce que je veux créer une entreprise qui sera rentable. Je veux pouvoir payer mes employés avec des revenus stables et prévisibles. Je rêve d’une entreprise solide avec un vrai chiffre d’affaires et non une bulle vide qui peut passer du sommet à la faillite en moins de 1 mois. J’envie beaucoup plus les gens de Xiti que ceux de FaceBook.

Bref, pensez-y. Si vous pensez faire un site web 2.0, créer un buzz 2.0 et vendre au plus offrant en moins de 2 ans, allez-y fort. Ça peut être très payant, mais c’est un coup de dés. Et vous ne le ferez probablement pas 2 fois dans votre vie. Sinon, il y a la méthode plus traditionnelle où l’on génère des revenus, couvre ses dépenses et réinvestit les profits. Ce n’est pas un buzz qui sera créé ainsi, mais votre emploi, une carrière où vous serez votre propre patron

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  • http://www.netocean.fr benoit

    Pour aller un peu dans ton sens, nous avons décidé pour notre futur site ecommerce, d’offrir de la publicité à nos fournisseurs et autres partenaires au début, afin de valoriser notre partenariat.
    Pour les campagnes pubs plus classiques on verra bien plus tard…

  • http://www.1ere-position.fr/ DavidD [1ère Position]

    Excellent article et analyse très pertinente !

    Oui, parfois les services 2.0 veulent trop en faire en nous faisant croire qu’il est aussi indispensable de re-inventer des business model, le problème c’est qu’a part la pub, rien de neuf pour le moment de très rémunérateurs ou innovants.

    Il faut revenir à des business model traditionnel, vous savez celui qui consiste à vendre et proposer des services ou des produits de qualité car les ges sont prets à payer pour cela.

    A lire sur notre blog “Le Web 2.0 surchauffe et la bulle 2.0 gonfle” : 1ere-position.fr/blog/web-2-0-vs-bulle-2-0

  • http://http//www.bnflower.com Ignazio Lo faro

    bonjour, bonne analyse mais vous passez trop vite sur “Un site gratuit avec beaucoup de trafic est un véritable atout. ……. Si vous voulez lancer un autre projet, payant celui-là, vous disposez d’un marché de base ciblé et accessible gratuitement! Je crois en ce modèle.”.

    C’est cela la solution. Elle est basée sur l'”Economie de l’attention”.
    j’ai écrit à ce sujet sur mon blog dédié à ce concept très ” futur Web 3.0″
    C’est ici si cela vous intéresse.
    http://diffusabilite.typepad.com/

  • http://www.technoblog.fr Fabien Bardoux

    Bravo Benoit, très bonne analyse.

    On peut juste préciser que les investissements sont minimes pour lancer un site web aujourd’hui: donc les riques sont également faibles.

    C’est la démarche que nous avons adoptée avec TechnoBlog: au pire, on ne perd rien !

    Bonne soirée et bonnes affaires !

  • http://www.docteur-web.com/blog.html S.decampou

    Il est intéressant de voir que ceux qui ont vécu 2000 n’ont pas vraiment la même approche …
    Sur le web 2.0 un avis autre pour ne pas toujours tomber dans l’enthousiasme béat : http://queau.eu/2006/09/05/the-winner-takes-all/

  • nagame

    Je suis dans le web depuis fin 90, mais je suis toujours passé à coté des bulles… un bien, un mal je sais pas.
    J’ai une webagency, des salariés, l’immeuble de l’agence m’apartient, etc. On a les technos, un style graphique, une expérience avec presque une centaine de sites réalisés mais quasiment aucun pour nous. 4/5 en 10 ans en comptant mon site perso.
    En 2000, pas de crise particulière…juste moins rentable : les sites se sont vendu moins cher cette année là (surtout parce que bcp de développeur se retrouvé à l’anpe). Avec le buzz2.0, c’est pareil. Nos intranets sont en Ajax, les sites aux derniers évolution 2.0 mais pas de bulle à l’horizon :/
    Mais j’aimerais bien connaitre un jour l’exitation d’une valorisation soudaine 🙂